Mercredi 20 juin 2007
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Les lieux défaits
Nous sommes sur une des deux faces de la planète. Le soleil, bientôt, passera de l'autre côté. Il faut accéder au sommet, où il y a un col, et un mirador. D'en haut, en se retournant, on voit les engins, des boules volantes équipées de caméras, qui balisent la vallée. L'autre face, personne n'y va, et personne n'en vient, sauf les passeurs. Les passeurs vivent de petit commerce, ils vont à pied, et savent se rendre transparents aux technologies de surveillance. Ils sont tolérés, mal connus, et craints. Je suis avec plusieurs personnes, et nous sommes sur ce sommet entre les deux faces. Nous nous cachons dans le fossé car un passeur arrive. Mais je reste debout, paralysée. Le passeur me regarde, il est immense et noir. Il ne dit rien, mais s'arrête et nous restons face à face. Je n'ai plus peur et tombe dans une sorte d'extase. Il s'en va et me laisse l'esprit ouvert, immense. Le soleil est passé de l'autre côté, et la nuit tombe brusquement, nous devons redescendre. J'ai pris du retard sur les autres, et je cours sur les chemins, il ne faut pas rester dans cette zone la nuit tombée. Mais je sais que rien ne m'arrivera, et je cours n'importe comment, je trébuche et pose mes pieds n'importe où, mes jambes vont dans tous les sens, mais je ne tombe jamais.
par Florence Girardeau
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Dimanche 17 juin 2007
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Les lieux défaits
Le "je" est doté d'un interdit posé dans l'enfance. Cet interdit surgit à chaque début de phrase, dans les lettres surtout. Commencer avec un "je", ça ne se fait pas. Donc trouver toutes les manières de commencer par autre chose. Ce "je", comment s'en débarrasser, et surtout comment se débarrasser de son interdiction qui le rend si gonflé, si marqué, qui le refait surgir encore plus douloureusement, autrement.
Et de nombreuses choses dont il est important de se débarrasser. Plus important que construire, faire le ménage, éliminer, enterrer ces pollutions qui reviennent, qui vous lancent et vous ramènent en arrière, encore.
Dans des filaments de glue, comme ces palmes que je croyais savoir pousser entre mes doigts, de mains et de pieds, et ce tic encore là d'écarter au maximum les doigts pour enrayer la poussée des palmes.
par Florence Girardeau
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Lundi 11 juin 2007
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Les lieux défaits
Des humeurs, et une colonne vertébrale plate, la chaleur de l'orage avant l'orage, lent, un ventilateur qui remue l'air mollement. La fatigue de l'agitation dans le vide, muscles faibles, matière visqueuse du cerveau, gonflé de vide contre les os du crâne, face interne, les genoux non déliés aux articulations, comme si les os grandissaient encore un peu vite, alors que, pourtant, il n'est plus temps.
par Florence Girardeau
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Dimanche 1 avril 2007
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Les lieux défaits
40 mètres de haut, des rafales d'eau s'éclatent sur le bitume, on entend comme la vague des villes, quelqu'un pousse la flotte par le bord. Une bande magnétique pendouille d'une branche à l'autre d'un arbre à l'autre elle n'arrête pas de frintiller. Un gars saoûl braille et chante, 5 secondes. On attend tout le temps que les moteurs arrêtent de passer dans nos oreilles. Quelqu'un a encore oublié d'éteindre la lumière dans l'école, une longue fenêtre. Ciel mauve nuit. Il y a aussi un T-shirt dans l'arbre. Les fenêtres de mes voisins reflétées dans les vitres en face. Quelqu'un a ouvert une boîte à outils.
par Florence Girardeau
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Samedi 24 mars 2007
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Les lieux défaits
À changer : ce qui est à brouiller, bousculer, noyer ou renverser, cet état des mots, ce flux, ce canal qui se règle sur sa fréquence et s'huile bien de toutes parts et semble s'articuler hautement, il va falloir le casser et lui donner sa mort et le donner en bataille en pâture à une autre chair une autre voix, un autre cri. Comment, de lui, à partir de son articulation, le disséminer, comment l'arracher à ce moelleux qu'il s'est donné, comment lui donner des coups à ce qu'il en ait la gueule qui s'ouvre, les muscles de la mâchoire étirés et comment cette gueule même faire que d'elle même elle se disloque et se répande, comment rendre le chaos au phrasé trop poli par le courant. Voilà le programme auquel l'écriture va tenter d'échapper, et voilà ce qui va n'être plus la même difficulté, voilà ce qui fait vomir avant et ce qui sera à faire angle de pierres diverses aiguisées entre elles. Voilà ce qui redeviendra bancal, indéfini, cherchant, là où le pied dérapera sur le bord, et le vide, et ce bord et ce vide de quoi le faire, de quelle importation et de quelle violence il viendra, par où, il ne faut plus se satisfaire, ne jamais jamais se satisfaire toujours tout re-jeter.
par Florence
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