Dimanche 11 mars 2007
publié dans : Les lieux défaits
On aperçoit au loin les silhouettes qui se dessinent à leur passage dans la lumière artificielle / puis ces passages que la lumière sculpte disparaissent à nouveau dans l'ombre / Certains frôlent l'espace éclairé / les rayons soudain matérialisent leur épaule / en un instant encore plus court / L'image qui se fixe ne résiste pas longtemps / On oublie ce qui se meut dans l'espace inter-électrique / ce que les capteurs aveugles laissent à l'oubli / On évite la matière frémissante pour ne garder que le mouvement clairement dessiné / Ce qui tremble doit être maîtrisé / Mais ce qui est attendu, mouvement, se fixe là cristallisé / le cône de lumière s'est solidifié, le flux n'y passe plus / et pourtant devra nécessairement y passer / Vous attendez, toujours, que quelque-chose se passe / qu'un événement se produise / et pourtant si cette image se meut ce n'est que ce mouvement / ce n'est que cette multiplicité / ce n'est que ce mirage mouvant / et cherchez maintenant, regardez maintenant / Rien n'est représenté ici / vous voyez cette cristallisation / une lumière cristallisée ou zone blanche dite ainsi car se différenciant d'un noir ondulant / une ombre qui n'est l'ombre de rien / qui est seulement ombre car elle n'est pas la lumière / vous voyez ainsi ce qui se meut ou peut-être ne voyez vous rien / rien qui se meuve, sinon votre reflet / vous n'entendez, ne discernez rien / votre respiration par moments.
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Vendredi 16 février 2007
publié dans : Les lieux défaits
Du côté de l'évanescence une bête se nourrit des poussières restées, de l'humus résiduel et d'un sable croquant. Elle a la langue râpeuse et se hâte de finir son repas. Demain la même pâtée la rendra frémissante. Sous son poil ses os forment un squelette ; elle a une forme ; forme inconnue de tous et d'elle-même. C'est un cercle parfait, ou un segment de deux mètres. C'est une ligne dont on ne mesure pas la largeur. C'est un rectangle aux angles donnés. Elle gargouille pour avaler.
Tout ce qu'elle capte se trouve sur l'extrémité gauche, le reste traîne, dans le sens de la lecture. Tout le jour et la nuit elle se renifle et se gratte. Elle se mesure et divise chaque unité par dix, ceci dix fois, puis elle recommence. Elle définit des directions pour le haut et le bas, qu'elle se promet de tenir, puis elle les oublie.
Son repas est régulier, entre des laps de temps qui sont des jours et des nuits ou les deux à la fois.
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Vendredi 19 janvier 2007
publié dans : Les lieux défaits
Je la cherche dans les paperasses perdues de ma mémoire. Je la cherche et j'espère ainsi la retrouver, elle surgira à ce moment, exactement. J'assemble les lettres pour former son nom, mais celui qui m'apparaît n'a rien d'elle, je recommence et c'est toujours ce mot factice. Je la cherche pour refaire ce que j'ai pu mal faire, à ce moment, défaire le déroulement que peut-être j'ai enclenché. Mais son nom toujours m'échappe.
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Mercredi 17 janvier 2007
publié dans : Les lieux défaits
Droit au mur, en rival rectiligne, tracé, lancé, cible en vue ! Des galçons sur les omoplates, refroidir cette blessure dressée autour, cube. Aux angles la poussière. Rien ne traverse, blackout, huit surfaces, les omoplates en haut. Mute, bourdon, les atomes, chaque os touche la chair. Du bordel ou rien. Tout doux.
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Mercredi 10 janvier 2007
publié dans : Les lieux défaits
Ce qui bouille, là, ce qui tremble au milieu de moi, ce qui se spasme comme l'envie lui vient, s'endort, au bord, indigeste et diffusant, latent, à refroidir. Son image en retard de quelques centimètres d'espace, dédoublé, transparent, poussière. Sa putride existence, c'est moi, son pourrissement lent, sans arrière-pensée, sans volonté, rien qui ne dit rien, rien à faire. Diamant.
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Lundi 13 novembre 2006
publié dans : Les lieux défaits
Er/ er/ er/
approximativement, r,
un regard -er/- fixé
d'en haut un regard collé
c'est er/ er/ le rapport sur ma vie
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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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