Mardi 26 septembre 2006
publié dans : Amarres
Quand elle embrasse un trophée-antilope, quand elle marche avec les pattes de l'éléphant - moignons- quand elle s'approprie cette jambe qui pue la mort, il y a de la tendresse et de l'horreur, il y a du lointain et du corps. Mais postuler des intentions morales dans le texte de présentation : voilà, il ne faut pas le lire, il désigne toutes les failles de la création, devenue démonstration. Et quelle ribambelles d'intentions ! Encore deux qui veulent tout révolutionner ! Dommage, ça reste coincé quelque part dans les postures, dans les objets. Vous ne voulez pas qu'on vous voit comme ça mort ? Ou plutôt  vous voulez ? Ou bien plutôt vous voudriez qu'on ne voit plus ces symboles comme morts ? Je vous vois vous frottant une jambe empaillée sur votre belle cuisse d'homme-danseur, et je ne vois rien. Pourtant on touche à l'Idiotie jouissive, à certains moments, seulement, quand elle est moins grossière que les poulets froids sur les sexes. Oui, cette Idiotie qui s'ouvre en grand, vous la frôlez et nous la frôlons, pourtant...
Alors, l'instinct de tuer de l'homme, oui c'est vilain, et quand l'homme tue les animaux, il en vient à tuer son semblable... D'autres questions : en quoi cacher le sexe par des masques à oxygène ou des corps d'oiseaux interroge les systèmes de valeurs ? En quoi cela et tout ce qu'il y a autour - artifices, prothèses, objets - peut-il porter la danse dans ses excès ? Il me semble que ce ne soit pas le bon chemin, ou alors un détour gorgé, dégorgeant et regorgeant de sens.

I wouldn't be seen dead in that ! , pièce générique pour six danseurs, chorégraphie Steven Cohen et Elu, au Centre Pompidou, dans le cadre du festival d'automne à Paris.
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Lundi 25 septembre 2006
publié dans : Amarres
Lorsqu'il pleut du plomb, ici du béton, la mélancolie nous touche au passage du triste rideau. Il y a certes des choses qui se trament dans l'espace désertique, désert du sens n'est qu'apparence, absence du nom du lieu de ce lieu. Ce qui se dit et ce qui ne se montre plus. Ce qui se montre aux fantômes. Les fantômes insistants inconsistants des mots mis en lumières. Quand la nuit vient. La brume et seulement elle.
C'est le temps de voir, avant, à côté, hors sujet ou juste après, jamais hors champ, pourtant.

Melik Ohanian à la galerie Chantal Crousel.
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Dimanche 24 septembre 2006
publié dans : Amarres
La boîte est noire. Une boîte en bois. Scellée, horizon de photographie. Vertical. Forage en surface. La couverture de ce livre, venu d’ici, par là-bas, puis ici. L’ami de mon ami avait le même, sans la couverture.
C’est quand j’ai vu le coup de couteau. Non, c’était bien plus tard. Les deux images se frôlaient. Mais il n’y a plus cette caresse. Scellé, fixé, plus de frôlement. Une étreinte amoureuse morbide. Pas mortelle : pour personne. Juste en mémoire.
Celle qui se met en situation idéale. La veste de randonneur. Les chaussures. Les jambes, le buste, les bras. Rien d’idéal. Idéal. Rêver d’idéal. Idéal. Imagé. Idéal.
La tête.
Un enfant qui crache du sang.
Idéal.
Un enfant idéal qui crache du sang.
Un enfant qui crache du sang idéal.
Des inserts dans la continuité. Des inserts à ne pas oublier mais qui ne disent rien.
Un insert qui manque. La planche de départ. Quand on persiste à faire les choses en double. Quand on persiste dans l’asymétrie. Quand on l’affronte. Quand on s’arrange. Quand on la bricole.
Si ça vrille sur le côté. Si tout est calculé au millimètre. Si la pierre reçoit bien ses rangées de silhouettes sur les surfaces destinées. Si la pierre vient du bon endroit. Si la pierre n’est même plus non-pierre, si elle jouet, si elle est pathologique. Si la pierre n’offre plus le repos d’être une pierre.
Lui le bossu. Lui l’homme en noir. Lui mon dieu, cauchemar, refoulé abject. Lui qui veut être mon refoulé abject. Il trottine gaiement et nous les frissons. Il est double. Il aurait été aussi lui, corps étendu, dos-simple dos-colonne empilée distraitement, souple, agile, rapide, le pouvoir de la masculinité encore un peu juvénile. La rangée sage, les billes, le basket, les objets fétiches sur nappes colorées.
Les filles, les garçons, badinage. Les avions de papier. Malléable, malléable à souhait, indifférent. Il tend l’image des visages tendus vers nous. Il tend l’image -noir et blanc- devant son visage. Silhouette récalcitrante qui nous tend ces regards de papier, rectangle cachant son regard. Devient multiple, anonyme, foule revendicatrice. Devient porte-visages.
Il marche. Il tourne. Il nous tourne le dos. Il regarde toujours, même position, mêmes bras tendus portant l’image des visages. Mais cette fois il regarde. Intensément. Il regarde ces visages qui le regardent lui et que nous observons par-dessus son épaule.

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4

Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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