Dimanche 12 novembre 2006
publié dans : Les lieux défaits
Bonbon rond, sucre rond, er/
Ronde ronde, doux et bon, er/
Jaune et rouge et rose et rouge, er/
douceur - er/ er/ er/ erreur !
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Mardi 7 novembre 2006
publié dans : Sicile
Parmi les grottes, une est inaccessible, on peut voir de loin que des salades ont poussé au sol, que les murs ont des mousses, qu’elle suinte. Je m’engouffre dans la haute grotte comme une longue fente vers le ciel. C’est la grotte des échos, celle où la voix de dieu surgissait et pétrifiait les désobéissants. Profonde, on y pénètre et entre deux parois proches qui forment une voûte en biseau, on cherche le fond. Là où les murs finissent par se rejoindre et refermer l’espace, la largeur augmente légèrement, pour former une douce arène. Les enfants informés par leurs parents des fonctions utiles de cette grotte testent sa réputation et lancent leurs cris. Cri qu’on n’ose à peine pousser, intimidé, curieux et joueur mais gagné par la prestance des murs humides, insensibles, indifférents, d’un autre temps. Cri de test.

Le même cri poussé dans les draps dans l’espace court entre deux murs fins, dans cet espace saturé, dans cet espace écrasé par la masse des habitants compressés autour. Le bruit de la porte pour aller pisser emplit tout l’espace. Mourir d’amour. Abe Sada, Abe Sada, tes petit cris suppliciés, Abe Sada sans lui. Le bruit de ma respiration étouffée essoufflée dans les rues de midi, les oreilles derrière les volets concentrées sur cette respiration qui passe, les rues vite reconnectées, petite ville, petit périmètre, une île, les remparts, les vagues sans baignade, les airs conditionnés.

Pour atteindre les grottes, l’amphithéâtre, les enclaves dans la roche, longer la route à grande vitesse, la station essence, reconfigurer un trottoir fictif, faire le détour nécessaire pour le passage piéton, laisser l’instinct aller dans la bonne direction. Les touristes viennent en car. Là, choisir son aire de visite : le musée, ou les jardins ? Les grottes ou les vestiges ? Longer les stands de souvenir : amphores en toc, sirènes en pastique, horloges suisses. Et derrière les arbres, voilà l’amphithéâtre, et ses chiens. Une meute de chiens pelés, hauts d’un mètre, des couleurs fauve et noir, du marbre, des blessures infectées. Les femelles ont des mamelles gonflées et atrophiées par des cancers, elles sont étalées par terre, l’immobilité en lutte contre la chaleur du soleil. Les mâles, inquiets, se couchent et se lèvent, grondent, longuement, tournent leurs têtes énormes. Des chiens divins, des chiens à hauteur de fauve et à caractère de hyène. Ils surveillent les visiteurs de ce territoire de vestiges, eux qui le considèrent comme leur territoire, là où leurs portées se terrent et là où ils ont répandu leur odeur, leur urine, leurs traces dans la terre sèche et ocre.

Ces hommes perdus sur les plateformes des métros, en stationnement au milieu de leurs humeurs putrides, de leurs derniers haillons dans des sacs éventrés. La jeune fille passe, jupe en lévitation sur des jambes fines, elle enlève son pull en levant ses bras et ses seins, laisse éclater la lumière de ses épaules dans un grand mouvement de chevelure parfumée. Sur le quai d’en face. Le train en vacarme mange son image.

Ces chiens. Les bêtes qui prolifèrent dans le sanctuaire du tourisme ; les autobus de visite guidée. Les pierres alignées, empilées, des gradins, entre elles poussent des herbes sèches éphémères. Le parcours fléché est bordé de cordes rouges, au centre, l’arène est solitaire, désertée par ses fantômes, les vents en petits tourbillons, on prend des photos derrière la corde rouge.

Le désert où l’on s’arrête, après quelques kilomètres sur cette route rectiligne qui le traverse, au bord de cette route, un homme vend des roses des sables. Le car repart.
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Dimanche 5 novembre 2006
publié dans : Amarres
Machine contre machine, pourquoi être en accord avec la technologie de son temps ? La nostalgie est-elle réactionnaire ?
Concordance du son du projecteur de cinéma et silence de la machine à écrire qui lentement rejoue Pompéi. Concordance des cendres/neige/sable, en chute comme en chute est le mouvement de la pellicule. Lutte machine contre machine, l'image noie l'écrit. L'image enterre l'écrit, à la manière d'une caresse aux efforts assourdissants. La machine à écrire filmée comme objet d'amour, avec attention, ses reflets de machine rutilante, ses détails et ses recoins, gros plans de son visage. Pour être recouverte, enterrée, brusquement dans l'ordre du temps de la poussière, lentement dans l'ordre du temps du geste. Relation d'amour entre le projecteur et la machine à écrire, sans cesse recommencé, la machine à voir les images se souvient, encore et encore, de celle qui aurait écrit ses images, celles de son propre oubli.

Rodney Graham, Rheinmetall/Victoria 8, 2003, 35mm film, Cinemeccanica Victoria 8 35mm film projector and looper, 10:50 min, projected on continuous loop, silent. A voir au Centre Pompidou.
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Vendredi 3 novembre 2006
publié dans : Amarres
Echos du passé : à Calcutta la reine dépossédée renonce au ciel qui ronfle et vrombit. Robes étalées, corps disparus, perles roulantes, joyaux brisés, la mendiante. De choisir et de ne pas choisir, l'une et l'autre fantôme et vibration, L'eau en son continu, obsédant, sourd, omniprésent, et l'eau en jaillissement jouissif, soudain, une eau qui tombe laiteuse. Chez l'une des corps massifs, errants, plantés et passagers, chez l'autre un éveil et une parole dans un corps assis. Immobilité et déplacements. De la forêt on n'entend que la voix, tandis que la forêt devient la voix. Les absents au dehors, les  absents au-dedans. Rigidité ou ouverture, obscénité, mondanité, ou fête. Transferts.
Chaleur lourde engourdie ou rosée.
Ce qui des deux persiste en nous, poison, parfum.

Lady Chatterley, le film, de Pascale Ferran,
India Song, le film, de Marguerite Duras.
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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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