Vendredi 16 février 2007
publié dans : Les lieux défaits
Du côté de l'évanescence une bête se nourrit des poussières restées, de l'humus résiduel et d'un sable croquant. Elle a la langue râpeuse et se hâte de finir son repas. Demain la même pâtée la rendra frémissante. Sous son poil ses os forment un squelette ; elle a une forme ; forme inconnue de tous et d'elle-même. C'est un cercle parfait, ou un segment de deux mètres. C'est une ligne dont on ne mesure pas la largeur. C'est un rectangle aux angles donnés. Elle gargouille pour avaler.
Tout ce qu'elle capte se trouve sur l'extrémité gauche, le reste traîne, dans le sens de la lecture. Tout le jour et la nuit elle se renifle et se gratte. Elle se mesure et divise chaque unité par dix, ceci dix fois, puis elle recommence. Elle définit des directions pour le haut et le bas, qu'elle se promet de tenir, puis elle les oublie.
Son repas est régulier, entre des laps de temps qui sont des jours et des nuits ou les deux à la fois.
par Florence ajouter un commentaire commentaires (0)   

4

Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

30 ou 31

Février 2007
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28        
<< < > >>

3

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
creer blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus