Dimanche 13 mai 2007
publié dans : Delta du Danube
Boue dans les routes du village, les chiens eux ont leur territoire, ils la suivent tant qu'elle est dans cette zone et restent immobile debout à leur frontière lorsqu'elle continue sans courir pour ne pas montrer sa peur. Des flaques à éviter et il y a des pierres qui marquent un trottoir, c'est seulement un signe pour désigner. Elle marche sur la route parallèle au fleuve, quelques mètres plus enfouie dans les terres plates, les habitants sont encore à la pêche. Les maisons comme les chiens s'arrêtent debout immobiles alors qu'elle continue sur le chemin, au milieu des vaches éparpillées au hasard des herbes, et vers une étendue creusée d'étroits canaux et dépressions du sol où stagne une eau légèrement salée. Elle sent que peut-être dans cette direction il y a la mer, celle qu'elle ne connaît pas encore. Le vent applatit ses vêtements sur elle, tandis que de l'autre côté de son corps ce sont des bosses qui s'ouvrent. Il y a le cimetière, un peu sur la droite, la route est déterminée vers l'avant, sans virages, utile elle va à son but. La mer pourtant n'apparaît pas tout de suite et quand elle la voit elle arrive vite ensuite sur une plage avec deux cahutes à boissons fermées. Des chiens plus grands cette fois-ci et plus curieux. Le sable est humide de la pluie et de l'humidité du vent de la mer, il est gris et sale. Là où les courtes vagues s'essoufflent et là où la pente disparaît dans l'eau, il y a les rebuts : algues, bois, bouts de plastiques, coquillages qui n'ont rien d'exotique. La pluie se remet à tomber et ses vêtements sont humides, elle ramasse des petites choses échouées pour rester et sentir le vent, le son de la mer, pour rester un peu et être dans ce lieu, gris de l'eau et du ciel, plage courte et après des terrains incertains vert. Terre plate.
par Florence Girardeau ajouter un commentaire commentaires (0)   

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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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