Lundi 30 octobre 2006
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Les lieux défaits
Ersatz du silence avançant au pas, le cardan ronronnant aux ondes pacifiques, laisse-moi te redire les hontes superflues de ma vie révolue. Bleus nuages, ombres de front, carrés flottants, roues défroquées, paradis : j'aime à redire ce que je n'ai pas vu. Souffle petit, tein de marbre, dents noires. Chutes maintenant, arrachées du rebus domestique, l'or reluit d'un éclat sali, touches d'ébène et algues accrochées. Toutes choses disparues, dressées comme enveloppes seules en images branlantes à ma mémoire en guet. Y rester un peu, pour y frôler toute chose en vide en creux : j'aime à redire ce que je n'ai pas vu.
par Florence
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Dimanche 29 octobre 2006
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Sicile
Sur cette île il existe des sens uniques : sur cette île certaines routes sont impossibles. Quand deux villes ont trop peu d’importance, on oublie les routes qui les relient, elles disparaissent des cartes et des mémoires, elles disparaissent des possibilités de l’imagination. Elles n’existent plus. La géographie n’est plus celle de la logique, elle devient celle des habitudes, des existences. La route qui relie A de B passe-t-elle le long de la côte ? Zigzague-t-elle le long des flancs de montagnes, passant par des cols et redescendant dans les vallées avec des haut-le-cœur ? Est- ce une ou plusieurs ? La largeur est-elle suffisante pour que deux véhicules se croisent ? Peut-être sûrement que le goudron s’émiette, posé une fois pour toute et laissé en paix.
Mais pour je touriste chose qui a perdu la parole au fil des kilomètres, les grandes étendues de plusieurs heures sans la sécurité pour le sommeil ne s’envisagent pas. C’est la nuit qui brandit son obscurité grouillante. Il y a erreur. Je dépends des trajets autorisés : je dépends des autocars pleins de vieilles qui mâchouillent leur déjeuner emballé dans du papier alu. Pour rejoindre B s’il vous plait ? Ah non, il n’y a pas de bus pour B ! il faut passer par Y ! Y, j’en viens, il est hors de question de rebrousser chemin, ne serait-ce que pour un détour. Et puis quoi, passer encore une nuit à Y, revenir dans l’hôtel minable qui a déjà vu ma solitude ? Le trajet est trop long pour faire en une journée A-Y-B, alors que B est plus proche de A ! Refaire le triangle déjà à demi tracé ? On peut apprendre finalement qu’il y a un bus qui part maintenant, dans une minute, et qui passe par Y où il fait une halte, pour repartir vers B. Il roulera de nuit. On arrivera au petit matin. On arrivera quand on pourra. Je ne sais plus quand on arrivera. Il suffira de ne pas reconnaître Y, il suffira de se laisser glisser au travers d’Y, de n’y voir que la gare routière, de n’y entendre qu’une pause du moteur, d’attendre calmement au chaud le retour du chauffeur. Oui, je vais m’embarquer dans le bus fantôme, pour ne pas reconnaître les lieux et oublier de toutes mes forces ce deuxième parcours. En sens inverse : ce qui coulait sur mon côté arrivera avec fracas devant moi, ce qui fonçait vers moi coulera là-bas. Et j’ai bien oublié, j’ai bien rayé ce retour qui proclamait bien haut ma dépendance aux organisés, ma petite couardise, ma soumission aux trajets officiels.
par Florence
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Lundi 23 octobre 2006
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Les lieux défaits
Voix amères, meubles blancs maudits, rauques tavernes et vernis glissant, basse continue de la rue, amères meubles blancs. Là le drap fait une tâche rouge. Drap glissant et meubles blancs, l'hydre chante et sa voix plane, chant de terre et chant de vent, tables sales et meubles blancs. Blessures amples imaginées, sans douleur et sans foyer, chant de vent, lourd, sourd, lenteur lenteur du chant.
par Florence
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Mercredi 18 octobre 2006
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Les lieux défaits
Géant reflet flagrant te hante et te rejette : et nous devant ensemble partout, au ciel sans le temps du dernier mot, derrière la surface modelée ensemble, regards perdus, histoire ancienne, dommage. Pour cette surface fugace, louvoyante, mes minutes et mes heures, ensemble, partout et en un point que la pierre reflète. Sans retour le grain passe, dommage, belle ou hideuse image, image oubliée, double doublé, passée sans regret subit. Reste, que te reste-t-il, reste, ici rien ne se passe, l'été séché dans nos pores, nous partout et sur la pierre qui reste.
par Florence
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Lundi 16 octobre 2006
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Amarres

Tête au sol et tête carrée, tête reste, tête et crâne à relever, l'angle, suspension.
Tu viens en avant tu viens, au point de balance du poids tu viens, tout en poids pesant tout à coup.
Et coude et genous, coudes et genou os et cartillage écrase et poing et terre et sol et coude genou cheville vrille, vrille, cassé, bloc. Et droite jambe aller retour pivot, repart pivot hanche. Tiré tiré retiré. Tête et crâne ancrage, tête et crâne fixé, l'angle, suspension.
Tête bloc et traits autour, tête bloc et pied autour, au temps d'en haut et temps d'en bas, au sol de devant et blanc, et gris sur blanc, écrasé insisté. Trace, blanc cuisse et trace, ventre blanc et trace talon frotté talon.
Peau dans peau os à os, vrilles du crâne, coude dans genou, articulé dans cheville vrilles du genou.
Inachevé.
"Corps étrangers", Retranslation/Final Unfinished Portrait (Francis Bacon), Toni Morrison/ William Forsythe/ Peter Welz, au Louvre.
par Florence
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