Dimanche 24 septembre 2006
publié dans : Amarres
La boîte est noire. Une boîte en bois. Scellée, horizon de photographie. Vertical. Forage en surface. La couverture de ce livre, venu d’ici, par là-bas, puis ici. L’ami de mon ami avait le même, sans la couverture.
C’est quand j’ai vu le coup de couteau. Non, c’était bien plus tard. Les deux images se frôlaient. Mais il n’y a plus cette caresse. Scellé, fixé, plus de frôlement. Une étreinte amoureuse morbide. Pas mortelle : pour personne. Juste en mémoire.
Celle qui se met en situation idéale. La veste de randonneur. Les chaussures. Les jambes, le buste, les bras. Rien d’idéal. Idéal. Rêver d’idéal. Idéal. Imagé. Idéal.
La tête.
Un enfant qui crache du sang.
Idéal.
Un enfant idéal qui crache du sang.
Un enfant qui crache du sang idéal.
Des inserts dans la continuité. Des inserts à ne pas oublier mais qui ne disent rien.
Un insert qui manque. La planche de départ. Quand on persiste à faire les choses en double. Quand on persiste dans l’asymétrie. Quand on l’affronte. Quand on s’arrange. Quand on la bricole.
Si ça vrille sur le côté. Si tout est calculé au millimètre. Si la pierre reçoit bien ses rangées de silhouettes sur les surfaces destinées. Si la pierre vient du bon endroit. Si la pierre n’est même plus non-pierre, si elle jouet, si elle est pathologique. Si la pierre n’offre plus le repos d’être une pierre.
Lui le bossu. Lui l’homme en noir. Lui mon dieu, cauchemar, refoulé abject. Lui qui veut être mon refoulé abject. Il trottine gaiement et nous les frissons. Il est double. Il aurait été aussi lui, corps étendu, dos-simple dos-colonne empilée distraitement, souple, agile, rapide, le pouvoir de la masculinité encore un peu juvénile. La rangée sage, les billes, le basket, les objets fétiches sur nappes colorées.
Les filles, les garçons, badinage. Les avions de papier. Malléable, malléable à souhait, indifférent. Il tend l’image des visages tendus vers nous. Il tend l’image -noir et blanc- devant son visage. Silhouette récalcitrante qui nous tend ces regards de papier, rectangle cachant son regard. Devient multiple, anonyme, foule revendicatrice. Devient porte-visages.
Il marche. Il tourne. Il nous tourne le dos. Il regarde toujours, même position, mêmes bras tendus portant l’image des visages. Mais cette fois il regarde. Intensément. Il regarde ces visages qui le regardent lui et que nous observons par-dessus son épaule.

par Florence ajouter un commentaire commentaires (0)   

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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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