Samedi 13 janvier 2007
publié dans : Sicile
J'ai vu les reflets de ses grandes rues nouvelles, aux plâtres frais, aux couples neufs, aux larges trottoirs. J'ai cherché les rues cachées et j'ai trouvé, les étals, les enfants, les ordures, les attroupements et la vitesse, le bourdonnement. Sans m'arrêter, une marche qui sait où elle va, sans moi, mais des pas qui vont. La peau qui fuit en dedans devant les regards. La faim qui cherche, rapide, sur les marchandises en désordre. Et c'est la grande fatigue de cette angoisse solitaire, le renoncement, la fin. Les vomissements, les boyaux qui se vident, cachée de la rue dans la petite pension déserte, en plein jour et un peu au frais des murs, derrière. Plusieurs jours, écouter les bruits de cette rue, dans ce port, dans cette île, écouter cela seulement, voir cela seulement, le balcon et le linge qui y sèche, cette rue seulement vue de cet étage. La façade ocre décati en face, grande plage gondolée de bas en haut, les pétarades des mobilettes, les groupes de jeunes hommes en bas. Plusieurs jours et plusieurs heures, avant de reprendre le ferry, plusieurs jours ici sur ce lit et ces draps blancs, qui absorbent les odeurs de mes transpirations. Le mur à droite de la fenêtre, blanc, la chaîne de métal, le blanc de la peinture, décollé dans plusieurs années. Le matelas creusé, l'oreillé dur. Un piano au loin dans les habitations en face, et en haut un balcon et toutes ses plantes vertes. Je demande à rester encore une nuit, je reste, là encore un peu, les dernières heures, la dernière fois, ici, les autres places et les autres rues sont derrières, avec des mariages en blanc et en noir, cadillac, ici, il y a la rue qui finit et le piano qui n'en finit plus. Je me recouds, assise sur la chaise en bois, assise sur le lit, glissant, glissant, couchée, j'accroche à peine les notes du clavier, à peine, elles affleurent, me persuader qu'il joue, me persuader que j'ai vécu.
par Florence ajouter un commentaire commentaires (0)   

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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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