Dimanche 11 mars 2007
publié dans : Les lieux défaits
On aperçoit au loin les silhouettes qui se dessinent à leur passage dans la lumière artificielle / puis ces passages que la lumière sculpte disparaissent à nouveau dans l'ombre / Certains frôlent l'espace éclairé / les rayons soudain matérialisent leur épaule / en un instant encore plus court / L'image qui se fixe ne résiste pas longtemps / On oublie ce qui se meut dans l'espace inter-électrique / ce que les capteurs aveugles laissent à l'oubli / On évite la matière frémissante pour ne garder que le mouvement clairement dessiné / Ce qui tremble doit être maîtrisé / Mais ce qui est attendu, mouvement, se fixe là cristallisé / le cône de lumière s'est solidifié, le flux n'y passe plus / et pourtant devra nécessairement y passer / Vous attendez, toujours, que quelque-chose se passe / qu'un événement se produise / et pourtant si cette image se meut ce n'est que ce mouvement / ce n'est que cette multiplicité / ce n'est que ce mirage mouvant / et cherchez maintenant, regardez maintenant / Rien n'est représenté ici / vous voyez cette cristallisation / une lumière cristallisée ou zone blanche dite ainsi car se différenciant d'un noir ondulant / une ombre qui n'est l'ombre de rien / qui est seulement ombre car elle n'est pas la lumière / vous voyez ainsi ce qui se meut ou peut-être ne voyez vous rien / rien qui se meuve, sinon votre reflet / vous n'entendez, ne discernez rien / votre respiration par moments.
par Florence ajouter un commentaire commentaires (0)   

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Les villes et les signes. 4.

De tous les changements de langue que doit affronter celui qui voyage dans des terres lointaines, aucun n'égale celui qui l'attend dans la ville d'Ipazie, parce qu'il ne touche pas aux mots mais aux choses. J'entrais à Ipazie un matin, un jardin de magnolias se reflétait dans une lagune bleue, moi-même j'avançais entre les haies assuré de découvrir de belles et jeunes dames au bain : mais au fond de l'eau, les crabes mangeaient les yeux des suicidées la pierre au cou et les cheveux verdis par les algues.

(...)

Italo Calvino, Les villes invisibles.

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