Samedi 2 juin 2007
-
Publié dans : Delta du Danube
Le corps plié, garder de la chaleur entre ventre et cuisses, entre mollets et cuisses, entre bras et ventre, garder une chaleur qui fuit, les vêtements trop minces, le vent dans chacune des mailles qui vient, le vent sur l'eau, de là, de là, le vent le froid le vent qu'on fend sur la barque. Le voyage ne rien voir, les yeux au froid, garder la chaleur entre paupière et oeil, entre sourcil et paupière. Le bois plat de la barque sur les os, sous le bassin, des pointes, deux pointes symétriques, le sang se coupe à l'arrière du genou, attendre. Les herbes les marais, les mêmes, des oiseaux qui sont les mêmes, l'attention à cette température de la peau, et dessous, seulement.
Par Florence Girardeau
0
Jeudi 31 mai 2007
-
Publié dans : Delta du Danube
Sur le pont sont allés tous les fumeurs et ceux qui veulent prendre l'air dans la figure, et pour scruter les rives, y voir un cabanon, y deviner à l'arrière les méandres les forêts les boues les volatiles. Plus de colis que de voyageurs. À remous, lourdement, le ferry glisse d'avant en arrière pour approcher son flanc de l'embarcadère. Le pont est abaissé, l'attente et le calme, la suspension s'éparpille dans la précipitation et le poids des paquets. Là sur la rive s'est formé un arc de cercle irrégulier, lui repère les touristes, déroule les bonjours des langues, elle aussi, plus discrète, efficace, la pêche à la ligne et non le filet. On propose un lit, une douche, on propose un prix. On les voit tout de suite, eux, les étrangers, les couleurs des vêtements, le neuf, les sacs à dos, ou la valise, la peau lisse, hydratée, les rides aussi pas les mêmes. À attendre, il y aussi elle, la peau plus mate et une grande jupe colorée, elle est venue là par d'autres moyens, elle vend des pastèques, ou du pain, ou des tomates, et des serviettes de bain. Elle est dans un autre rythme, elle est là pour quelques heures seulement, et les autres passent leur regard à travers elle.
Par Florence Girardeau
0
Vendredi 18 mai 2007
-
Publié dans : Delta du Danube
L'eau jusqu'aux genoux, ils ont les mains dans la vase. Des choses, des mollusques, des formations calcareuses qui abritent un animal mou, des herbes pourries aussi, de la boue qui file entre les doigts, ils écartent avec le pouce la vase sur la prise pour voir ce qu'ils ont pris, puis dans le seau. Ici on peut presque s'y cacher, entre les herbes de cette zone, à l'écart de l'étendue d'eau où trop de lumière. Ici on est encore sur terre et on est encore en enfance, un peu, on fait des trouvailles. Ils savent que les autres ne sont pas loin, ils ont du temps, ce n'est pas encore le soir, il y aura bien quelqu'un pour les appeler. Celui qui tient le seau, c'est celui qui décide, pour l'instant. Un autre dit de venir là. Sur l'eau des taches d'essence, même sans on ne voit pas le fond. Il a remonté sa manche mais le bout élargi effilé retombe quand il a la main plongée, mais déjà mouillée la laine de toute façon par la pluie. L'autre, la capuche le gênait, de toute façon, il devait tourner à chaque fois tout le corps quand les yeux seulement ça aurait suffi, les cheveux mouillés et alors. Le troisième lève un peu son affairement et jette un oeil vers le chemin et les dernières maisons. Il la voit qui passe, elle a l'allure et les vêtements d'ailleurs, elle est hors saison et, pas d'importance.
Par Florence Girardeau
0
Dimanche 13 mai 2007
-
Publié dans : Delta du Danube
Boue dans les routes du village, les chiens eux ont leur territoire, ils la suivent tant qu'elle est dans cette zone et restent immobile debout à leur frontière lorsqu'elle continue sans courir pour ne pas montrer sa peur. Des flaques à éviter et il y a des pierres qui marquent un trottoir, c'est seulement un signe pour désigner. Elle marche sur la route parallèle au fleuve, quelques mètres plus enfouie dans les terres plates, les habitants sont encore à la pêche. Les maisons comme les chiens s'arrêtent debout immobiles alors qu'elle continue sur le chemin, au milieu des vaches éparpillées au hasard des herbes, et vers une étendue creusée d'étroits canaux et dépressions du sol où stagne une eau légèrement salée. Elle sent que peut-être dans cette direction il y a la mer, celle qu'elle ne connaît pas encore. Le vent applatit ses vêtements sur elle, tandis que de l'autre côté de son corps ce sont des bosses qui s'ouvrent. Il y a le cimetière, un peu sur la droite, la route est déterminée vers l'avant, sans virages, utile elle va à son but. La mer pourtant n'apparaît pas tout de suite et quand elle la voit elle arrive vite ensuite sur une plage avec deux cahutes à boissons fermées. Des chiens plus grands cette fois-ci et plus curieux. Le sable est humide de la pluie et de l'humidité du vent de la mer, il est gris et sale. Là où les courtes vagues s'essoufflent et là où la pente disparaît dans l'eau, il y a les rebuts : algues, bois, bouts de plastiques, coquillages qui n'ont rien d'exotique. La pluie se remet à tomber et ses vêtements sont humides, elle ramasse des petites choses échouées pour rester et sentir le vent, le son de la mer, pour rester un peu et être dans ce lieu, gris de l'eau et du ciel, plage courte et après des terrains incertains vert. Terre plate.
Par Florence Girardeau
0